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“Je n’en veux à personne”
Je n’en veux à personne, mais, pour autant, n’y voyez point là le moindre indice de tolérance, ou pire, de compréhension de ma part. D’abord, car j’en serais bien incapable. Et, surtout, car la réalité est telle que si le responsable de cette formidable déconfiture devait être pointé d’un doigt accusateur, ma personne ne tarderait pas à se voir cernée par une forêt d’index pointant mon front. Aussi, vous comprendrez donc que je préfère tenter de rester en paix avec moi-même. Désormais tout à fait certain que la pratique du journalisme — l’idée que je m’en fais du moins — au sein d’une rédaction en mains d’un éditeur contraint à des impératifs de rentabilité — peu en importe la raison — relève désormais de chimères. Et cette situation demeurera, hélas, ainsi malheureuse tant que le public gardera sous silence sa faim d’une presse qui résiste à l’intercession des médias de masse. Aussi long que le lecteur déclinera l’offre de la lutte « contre la tentation de manipuler, de dégrader, et parfois d’avilir, qui est celle de la presse commercialisée », selon le philosophe Paul Ricoeur. Ce triste constat une fois fait, il en découle que peu de choix pour un rédacteur salarié par l’un de ces titres. Parmi ceux-là, deux options dont j’ai eu la faiblesse de juger digne de considération ont su perdurer au sabotage que mène, souvent, en de pareilles tentatives de prise de mesures, la subjectivité. D’abord de tenter de troquer la plume contre un autre outil dont la manipulation peut s’avérer monnayable. La seconde alternative, prodrome d’un grave égarement, étant de réussir à édifier en dogme l’article deux du projet de déclaration des droits et devoirs de la presse libre de 1945 : la presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté. Autrement dit, devenir journaliste indépendant. Vaste programme ! D’autant plus que, comme toujours, ces différentes optiques possèdent chacune de sérieux arguments pour leur plaidoirie. La sécurité d’un possible revenu et tout ce que cela comporte et l’illusion de contribuer, certes le ventre vide, à nourrir ces libertés fondamentales que sont le droit à l’information, à la libre expression et à la critique, respectivement. C’est donc peu dire que le choix a été épineux. Mais en cette heure où je me risque à ces quelques lignes, tout porte bel et bien à croire que je crèverai la gueule ouverte. rm

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